Le Président du conseil d’administration de l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), Florimond Muteba Tshitenge a tenu des propos sans équivoque lors de son intervention dans une conférence publique organisée vendredi 14 novembre dernier par visioconférence. Son intervention, intitulée « De la décolonisation au Génocide silencieux : la RDC au cœur du combat pour la souveraineté africaine », a dressé un tableau sévère de la dépendance prolongée de l’Afrique et pointé du doigt un « génocide silencieux ».
D’entrée de jeu, le Professeur Muteba a planté le décor en rappelant que l’indépendance politique des États africains n’a souvent rimé qu’avec « une liberté illusoire ». Selon lui, le système de domination coloniale ne s’est pas évanoui ; il s’est métamorphosé en un « néo-colonialisme » plus subtil mais tout aussi efficace.
« Ce néo-colonialisme ne parle plus avec l’accent des administrateurs coloniaux. Il agit avec des outils plus subtils : les structures économiques imposées, les dépendances financières orchestrées, les accords commerciaux inégaux, et la mainmise silencieuse sur nos ressources naturelles », a-t-il déclaré.
Dans son exposé, le représentant de l’ODEP a identifié trois piliers à ce système : des élites « compradores » plus soucieuses de plaire à l’extérieur qu’à servir leur peuple, des structures d’État fragilisées et un cadre institutionnel biaisé favorisant la prédation.
La partie la plus frappante de son allocution a porté sur la situation dans l’Est de la RDC. Le conférencier a fermement rejeté l’idée d’un simple conflit local, y voyant plutôt la manifestation d’un « génocide économique et géostratégique ».

« Ce drame, que le monde observe dans un silence complice, (…) a pour objectif caché le contrôle des minerais stratégiques – coltan, or, cobalt – indispensables à l’industrie numérique mondiale et à la transition énergétique », a-t-il asséné. Pour le Pr Muteba, cette tragédie transforme « le sang des Congolais en source d’énergie pour les grandes puissances technologiques ».
Le PCA de l’ODEP a également dénoncé l’émergence d’un « sous-impérialisme » comme nouvelle forme de domination. Il a cité en exemple l’accord RDC-USA, passé par l’entremise du Rwanda, qu’il analyse comme un mécanisme où un État voisin sert d’intermédiaire pour faciliter « l’exploitation indirecte des ressources congolaises ».
« La domination change de visage : les grandes puissances sous-traitent désormais leur influence à des relais régionaux », a-t-il expliqué, déplorant une « humiliation » pour le peuple congolais.
Face à ce constat sombre, le Professeur Muteba a appelé à une refondation complète. Il a plaidé pour une « coopération internationale fondée sur la réciprocité et la dignité », et non plus sur la dépendance. Pour y parvenir, il préconise la construction d’un État stratège, capable de mettre en œuvre un modèle de développement endogène. Cette vision s’articulerait autour de la reconstruction de l’appareil productif national, la revalorisation de l’agriculture, la maîtrise des chaînes de valeur industrielles et une rationalisation des dépenses de l’État.
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