Des millions de dollars sont investis chaque année dans la protection de l’environnement en République démocratique du Congo. Pourtant, dans les villages situés au cœur des paysages forestiers, la pauvreté persiste et les conditions de vie évoluent peu. Alors que le pays célèbre le 66ᵉ anniversaire de son indépendance, ce paradoxe relance le débat sur le bilan de 66 années de gouvernance environnementale.
Pour Philippe Nzita, coordonnateur de l’ONG Action Massive Rurale (AMAR), cette commémoration nationale est l’occasion de porter un regard critique sur les politiques environnementales mises en œuvre depuis l’accession du pays à la souveraineté, le 30 juin 1960. Fort de 25 années d’expérience dans le secteur, il estime que les communautés locales et les peuples autochtones, considérés comme les premiers gardiens des forêts congolaises, demeurent les grands oubliés des investissements consacrés à la conservation de la biodiversité et à la lutte contre le changement climatique.
Selon Philippe Nzita, le premier obstacle à une gouvernance environnementale efficace demeure le manque d’information des communautés. Bien que plusieurs lois et réglementations encadrent le secteur, elles restent largement méconnues des populations concernées.
« Une loi ne devrait pas rester dans les tiroirs des administrations. Dès sa promulgation, des campagnes de sensibilisation devraient permettre aux communautés de connaître leurs droits, leurs responsabilités et les opportunités prévues par ces textes », plaide-t-il.
Au-delà de ce déficit d’information, le coordonnateur d’AMAR dénonce le décalage entre les ressources mobilisés et leurs effets concrets sur les conditions de vie des populations.
« Lorsque des projets bénéficient de financements de plusieurs millions de dollars, les résultats sont souvent visibles sur le plan environnemental, notamment à travers le reboisement. Mais lorsqu’on retourne dans les villages, la pauvreté demeure, les revenus des ménages évoluent peu et les communautés continuent de vivre dans la précarité », observe-t-il.
À l’en croire, les projets environnementaux devraient intégrer davantage d’activités génératrices de revenus, de création d’emplois et de renforcement des moyens de subsistance afin que les investissements produisent des bénéfices directs, mesurables et durables pour les communautés.
Faire des communautés le principal indicateur de réussite
L’environnementaliste Philippe Nzita rappelle que les populations congolaises figurent parmi les premières victimes des effets du changement climatique alors même qu’elles comptent les plus faibles émettrices de gaz à effet de serre au monde. Il estime que les grandes puissances industrielles doivent non seulement poursuivre leurs efforts de réduction des émissions, mais aussi soutenir des projets conciliant protection de l’environnement et développement socio-économique des communautés.
Dans ce sens, le coordonnateur d’Action Massive Rurale invite également les partenaires techniques et financiers à revoir les critères d’évaluation des projets environnementaux.
« Les projets ne devraient plus être évalués uniquement par le nombre d’hectares reboisés ou les indicateurs techniques. Leur réussite devrait aussi se mesurer à la réduction de la pauvreté, à l’amélioration du bien-être des ménages et à l’autonomisation des communautés », soutient-il.
À l’heure où la RDC réaffirme son rôle stratégique dans la préservation des forêts du Bassin du Congo, Philippe Nzita estime qu’un changement de paradigme s’impose. Selon lui, les prochaines décennies devront marquer l’avènement d’une gouvernance environnementale plus inclusive, dans laquelle les communautés locales et les peuples autochtones ne seront plus de simples bénéficiaires des projets, mais des acteurs à part entière, tout en bénéficiant directement des investissements.
« L’avenir de la conservation en République démocratique du Congo dépendra moins des montants investis que de notre capacité collective à faire en sorte que ces investissements transforment durablement la vie des populations qui protègent chaque jour notre patrimoine naturel », conclut Philippe Nzita.
Onesime Lukau
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