Dans un pays où le manque de données fiables continue de freiner le pilotage des politiques énergétiques, la société civile congolaise mise désormais sur un nouvel outil indépendant. L’Observatoire congolais de l’accès pour tous à l’énergie (OCATE) a été officiellement lancé mercredi 15 juillet à Kinshasa, avec l’ambition de devenir une référence en matière de collecte, d’analyse et de diffusion des informations sur le secteur énergétique en République démocratique du Congo. Portée par la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et de l’action publique (CORAP), cette initiative entend mobiliser les données, les partenaires et l’action collective afin d’accompagner la réalisation de l’objectif d’accès universel à l’énergie en RDC.
Pour Emmanuel Musuyu, Directeur exécutif de la CORAP, la création de l’OCATE répond à un constat largement partagé sur le secteur énergétique qui souffre d’un déficit de données fiables, d’une faible centralisation de l’information et d’un manque de coordination entre les différents acteurs.
« Le contexte énergétique en République démocratique du Congo est marqué par un déficit de données fiables, un manque d’information centralisée et une faible coordination entre les différents acteurs. C’est pour répondre à ces défis qu’a été créé l’Observatoire congolais pour l’accès de tous à l’énergie. », explique Emmanuel Musuyu.
Selon lui, l’observatoire contribuera à renforcer la gouvernance du secteur en mettant à la disposition des pouvoirs publics, des chercheurs, des investisseurs et de la société civile des données crédibles, actualisées et accessibles.
« À travers des études périodiques, l’OCATE évaluera les progrès réalisés, identifiera les défis persistants et formulera des recommandations afin d’améliorer les politiques publiques. »

L’OCATE mènera des enquêtes de terrain auprès des ménages et des communautés locales, analysera les résultats à partir d’indicateurs précis et mettra prochainement en ligne une plateforme numérique servant à la fois de bibliothèque documentaire et de tableau de bord du secteur énergétique.
Présentant le fonctionnement de la plateforme, la secrétaire de l’OCATE, Bénédicte Kunda, a expliqué que celle-ci repose sur quatre axes stratégiques à savoir le suivi des indicateurs clés du secteur, le renforcement de la collecte des données, la production d’analyses indépendantes et la communication.
« La plateforme assurera le suivi des principaux indicateurs, notamment les taux d’accès, de couverture et de desserte en énergie. À partir de ces données, elle produira des analyses indépendantes destinées à éclairer les décideurs, les chercheurs et le grand public. », indique-t-elle.
À cet effet, une première enquête nationale sera prochainement lancée afin de recueillir des données directement sur le terrain. Ces informations seront comparées aux statistiques publiées par les institutions publiques, notamment l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER), dans le but de proposer une lecture indépendante de la situation énergétique du pays.
La secrétaire de l’OCATE, Bénédicte Kunda souligne également les valeurs qui guideront les travaux de l’Observatoire.

« L’Observatoire fonde son action sur la neutralité, la transparence, l’accessibilité, l’objectivité, la rigueur scientifique et la collaboration. Toutes les données sont vérifiées, analysées et validées avant leur publication sur la plateforme. »
L’ARE salue une initiative de la société civile
Invitée à réagir au lancement de l’OCATE, la directrice générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), Soraya Aziz Souleymane, a salué une initiative susceptible de renforcer la transparence dans le secteur.
« Il convient u d’abord de préciser que cet observatoire est une initiative de la société civile. Ce n’est pas une initiative de l’ARE. En tant qu’autorité de régulation, nous accueillons très favorablement sa mise en place, car la société civile dispose de la neutralité nécessaire pour évaluer l’action de l’État ainsi que celle des différents opérateurs du secteur. »
D’après la responsable de l’ARE, les données produites par l’OCATE permettront de compléter les statistiques officielles et d’améliorer le suivi des politiques publiques.
« Il est important que les données de l’État puissent être corroborées par des sources indépendantes. Il ne suffit pas que l’État affirme avoir amélioré l’accès à l’électricité ; il est tout aussi important que des acteurs neutres puissent le confirmer. »
Toujours dans cette optique, elle rappelle que la République démocratique du Congo vise un taux d’accès à l’électricité de 62 % d’ici 2030, avant d’atteindre l’accès universel à l’horizon 2045.

« Les travaux de l’Observatoire seront intégrés au cadre permanent de dialogue que nous entretenons avec les organisations de la société civile. », annonce-t-elle.
À travers cette nouvelle plateforme, la société civile congolaise entend doter le pays d’un véritable instrument de veille sur l’accès à l’énergie. En produisant des données indépendantes et en favorisant leur partage entre les institutions publiques, les partenaires techniques et les communautés, l’OCATE ambitionne de devenir un levier d’aide à la décision et un outil de redevabilité pour accélérer la marche de la RDC vers l’accès universel à une énergie moderne, fiable et durable.
Onesime Lukau
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